FCAL Revue de presse franco: Femmes autochtones, justice sociale et conciliation famille-travail

La question des violences faites aux femmes autochtones occupe une part importante et grandement justifiée de ce premier billet du mois de novembre. Depuis les révélations des abus sexuels commis par des policiers de Val d’Or, la mobilisation et les nombreuses réactions médiatiques ont, entre autres choses, permis de faire entendre la voix de plusieurs femmes autochtones dans les média grand public du Québec. Saluons à cet égard le travail de Jean-François Nadeau du Devoir qui donne pleinement la parole à Melissa Mollen Dupuis, Widia Larivière et Natasha Kanapé Fontaine. Tout en dénonçant “L’institution d’une déshumanisation”, elles rappellent qu’il est légitime et urgent de résister à la précarisation des femmes autochtones, et que nous en avons les moyens. Presque un an jour pour jour après le début du mouvement #AgressionNonDénoncée, un anniversaire souligné dans un segment de l’émission Médium Large à la radio de la SRC, la nécessité de la représentation des voix au féminin dans l’espace public et l’importance d’une réception adéquate pour qu’elles portent et deviennent agissantes n’ont fait que croître.


La littérature est peu présente dans cette revue de presse. Notons cependant la remise du prix Neustadt à l’auteure Dubravka Ugrešić, alors qu’un autre prix très prestigieux, le Nobel de littérature, a été décerné plus tôt cette année à l’auteure biélorusse Svetlana Alexievitch. Cette reconnaissance s’est toutefois accompagnée d’une attaque immédiate de sa méthode de travail. En France, le Prix Renaudot a été attribué à Delphine de Vigan pour D’après une histoire vraie; Christine Angot a, quant à elle, reçu le Prix Décembre pour son roman Un amour impossible; enfin, plus tôt cette année, le Prix du Monde est venu saluer le travail d’Agnès Desarthe dans Ce cœur changeant. Au Québec, le roman Go West Gloria de Sarah Rocheville a obtenu le Prix Alfred-DesRochers. Les récipiendaires des prix littéraires canadiens et québécois n’ayant pas encore tous.tes été choisis.es, il est encore trop tôt pour en faire un véritable bilan. On peut cependant déplorer l’absence quasi-totale des femmes parmi les lauréats de la section francophone des Prix du Gouverneur Général 2015 ; en effet, Lori Saint-Martin, qui a remporté le Prix de la meilleure traduction en collaboration avec Paul Gagné, est la seule femme à figurer dans ce palmarès. Qu’il s’agisse de l’ensemble ou qu’on ne s’en tienne qu’aux secteurs artistiques, la présence des femmes n’est guère plus marquée parmi les lauréats des Prix du Québec 2015. Il est tout à fait  légitime, comme le fait Mathieu Arsenault dans sa lettre de refus du Prix Eva-Le-Grand, de questionner l’économie des prix littéraires et, surtout, ”le caractère fondamentalement arbitraire de tout jugement de goût” – un jugement de goût qui, historiquement, a presque toujours désservi les écrivaines. À ce titre, les Prix llittéraires demeurent un important outil de mesure du capital symbolique accordé aux voix de femmes. Et le bilan partiel qu’on peut tirer de ces quelques exemples est mitigé.

FEMMES ET JUSTICE
Dans la Gazette des femmes, Sarah Champagne nous convoque à réflechir au problème de la traite des Népalaises à des fins d’exploitation sexuelle à la suite du tremblement de terre survenu le 25 avril dernier.

Aux lendemains des révélations faites par l’émission Enquête à propos des violences exercées par des policiers de la Sûreté du Québec à l’égard des femmes autochtones de Val-d’Or, il est plus que nécessaire de revenir sur l’injustice à l’égard des femmes, tout particulièrement les Amérindiennes, Métis et Inuites en se référant notamment au site consacré aux Soeurs volées. Enquête sur un féminicide au Canada, ouvrage d’Emmanuelle Walter publié en 2015, et à l’article rédigé par Ryoa Chung paru l’été dernier dans la revue Liberté: « Y a-t-il une justice pour les femmes? »

La vigile organisée par plusieurs organismes autochtones le jeudi 29 octobre à Montréal a revendiqué une commission d’enquête nationale sur les violences perpétrées contre les femmes autochtones. D’autres rassemblements sont également prévus à Ottawa et à Québec la semaine du 1er novembre, ainsi qu’une rencontre entre les chefs autochtones et le premier ministre Philippe Couillard.

La disparition des femmes autochtones au Canada s’inscrit dans un problème mondial de violence systémique à l’égard des femmes. Un billet présenté sur le blogue “Jeanne Émard” (“j’en ai marre”) s’attache à la question des femmes manquantes ailleurs dans le monde en raison notamment  d’avortement sélectif et d’une mortalié plus grande causée par la violence.

RAPPORTS SOCIAUX DE SEXE
Appuyant ses propos sur des études sociologiques portant le concept de « talent » dans les domaines du sport, Dominique Memmi montre avec brio que la construction du talent n’est pas seulement dépendante des rapports de classe, mais aussi des rapports de genre. Elle démontre ainsi que le dispositif d’enquête sociologique sollicité par les experts redouble l’idéologie des institutions sportives elles-mêmes, lesquelles fonctionnent comme des rites d’exclusion pour celles qui échappent à ces rites trop souvent réservés aux hommes.  

Dans cet entretien inédit dirigé par le site de Ballast et intitulé “La fraternité, notion masculine qui exclut les femmes”, la philosophe de l’éducation, universitaire et féministe Bérengère Kolly interroge la fraternité politique et citoyenne à l’épreuve de l’Histoire, un lien politique qui est un instrument d’exclusion des femmes. Elle démontre alors la valeur historique et politique de la sororité, pour organiser autrement le combat d’émancipation et ses modes d’organisation au sein des institutions de l’enseignement.

HOMMES ET FÉMINISME
Le magazine La Gazette des femmes  consacre un dossier spécial aux hommes dans le mouvement féministe en placant d’emblée le sujet sous le signe d’une interrogation: “Des hommes féministes, c’est possible?” L’entrevue “Une place à prendre ou à laisser” avec Mélissa Blais, Ryoa Chung et Martine Delvaux, met en lumière à la fois la nécessité de voir des hommes s’impliquer auprès des femmes dans les luttes féministes et les dangers d’une implication qui serait également une forme d’appropriation et, encore une fois, d’effacement de la présence et des voix des femmes. Comme le fait remarquer Mélissa Blais en conclusion de l’entretien, “pourquoi faut-il toujours parler des hommes?” Francis Dupuis-Déri va dans le même sens lorsqu’il dénonce, dans l’entretien accordé à Melina Schoenborn, une trop grande visibilité données aux hommes proféministes au dépend des femmes. Le dossier présente également des réflexions sur les politiciens en Suède et sur le réseau Zéro Macho contre la prostitution ainsi que le point de vue de trois blogueurs proféministes.

FEMMES ET PAIX
Commandée par le Secrétaire général, Ban Ki-moon, dans le cadre de l’examen en cours sur la mise en œuvre de la résolution 1325, le rapport de l’ONU, Preventing Conflict, Transforming Justice, Securing the Peace: A Global Study on the Implementation of Security Council resolution 1325 porte sur la participation des femmes dans les processus de paix et souligne que l’autonomisation des femmes et l’égalité des sexes contribuent à la conclusion et à la mise en œuvre durable d’accords de paix.

FEMMES ET SOINS HOSPITALIERS
Sue-Anne MacDonald et Audrey-Anne Dumais Michaud ont récemment publié un rapport de recherche intitulé La reconnaissance des expériences des femmes en psychiatrie. Sous l’égide d’Action Autonomie et de la Table des groupes de femmes de Montréal, les résultats de cette recherche dressent un portrait percutant des conditions des femmes en donnant une place importante à leur voix et à leurs histoires. Le rapport fait état des limites et des conséquences de l’approche actuelle des soins hospitaliers. L’étude vise ultimement à sensibiliser la société aux réalités et aux injustices d’un système qui porte peu d’attention aux réalités et aux voix des femmes.    

À l’aune de l’étude publiée par la Sécurité sociale anglaise et relayée par le site du Telegraph, Ariane Hermelin consacre un billet sur la négligence du corps médical à prendre la douleur des femmes au sérieux. Le “soupçon de l’hystérie”, encore très vivant dans l’idéologie médicale occidentale, révèle une différence de traitement inégalitaire entre les femmes et les hommes en douleur.

POLITIQUE
L’Alliance de Citoyens et Citoyennes pour la Mixité Égalitaire diffuse sur LaPresse.ca un texte intitulé “À nos femmes et hommes politiques” endossé par trente-cinq personnes. Ce texte appuie l’avis récent du Conseil du statut de la femme et réclame que des moyens soient mis en place pour l’obtention d’une parité 40/60 pour les postes élus.

Dans une lettre ouverte au nouveau Premier Ministre du Canada, Martine Delvaux revient sur la multitude d’articles et de messages divers représentant Justin Trudeau comme un “sex symbol” depuis les élections fédérales. Selon Martine Delvaux, ces représentations n’équivalent pas au traitement généralement réservé aux femmes, comme d’autres commentateurs de la vie politique l’ont affirmé. En effet, ces images ajoutent à l’aura de charme et charisme du politicien, alors que, pour les femmes au pouvoir, l’association avec la beauté est généralement décrédibilisante.

UNIVERSITÉ
L’article de Normand Provencher rapporte que Mustapha Bettache, professeur de relations industrielles rattaché à l’Université Laval, fait le choix de féminiser ses plans de cours pour refléter la composition majoritairement féminine de ses classes.

CONCILIATION FAMILLE-TRAVAIL
L’article de Sandra Mathieu met en lumière l’importance du programme Pour une maternité sans danger. Selon les dernières données de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, le nombre total de plaintes de discrimination fondées sur la grossesse est passé de 14 en 2010-2011 à 36 en 2014-2015.

Noémi Mercier présente les résultats de l’étude menée par l’économiste Ankita Patnaik (Université Cornell) à propos du Régime québécois d’assurance parentale. En effet, ses résultats révèlent que la proportion de pères ayant pris un congé est passée de 21 % à 75 %, et la durée moyenne de leur congé est passée de deux semaines à plus de cinq.

 

Vous avez des commentaires, des suggestions? N’hésitez pas à contacter nous contacter à l’adresse suivante : liens@cwila.com

– Adeline Caute, Julie Côté, Evelyne Ledoux-Beaugrand et Eftihia Mihelakis

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