FCAL Revue de presse francophone: Où sont les femmes?, des clubs de lectures et quelques enjeux de société

FCAL Revue de presse francophone: Où sont les femmes?, des clubs de lecture et quelques enjeux de société

Ce début d’année 2016 est marqué par la polémique entourant la sélection des auteurs (au masculin, oui) au Grand Prix d’Angoulême 2016. La liste des 30 nominés pour ce prestigieux prix récompensant la bande-dessinée ne compte que des hommes. Le Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme a vivement réagi à cette absence totale de femmes susceptibles d’être récompensées. L’auteur Riad Sattouf, l’un des 30 nominés, a quant à lui décidé de “céder [s]a place” à une bédéiste, partant ainsi le bal d’un mouvement de résistance. Le refus de Sattouf de figurer sur une liste entièrement masculine a en effet été suivi par la défection de plusieurs autres auteurs, comme le relate un article des InRocks. Les amendements à la liste promis par les organisateurs du Festival arrivent bien tardivement et parviennent mal à faire oublier les propos malheureux du délégué général, Franck Bondoux qui a déclaré qu’il a « très peu d’auteures reconnues » au regard de l’histoire de la bande dessinée.
La controverse ainsi que la réaction de plusieurs nominés auront au moins permis de constater qu’en 2016, l’absence de femmes n’est plus acceptée.
Angoulême n’est malheureusement pas une exception. Sous la rubrique “Les décodeurs”, Gary Dagor du journal Le Monde montre, chiffres à l’appui, que “très peu de prix prestigieux sont décernés aux femmes” dans les domaines de la bédé, du cinéma et de la littérature.
Cela nous amène à vous proposer de (re)lire ce beau texte publié en 2015 par Catherine Dussault Frenette sur “Les classiques et les femmes”. En filigrane de sa réflexion toute personnelle sur les écrits classiques qu’elle affirme avoir peu lus, leur préférant les écrits de femmes, c’est une remise en question de la catégorie même de “classique” que présente l’auteure, ainsi qu’un questionnement des mécanismes d’exclusion des femmes sur lesquels repose la postérité littéraire. On peut y lire un beau pied de nez aux piteux arguments de Bondoux quant au peu de grandes bédéistes retenues par l’histoire de ce genre littéraire.

LITTÉRATURE
Du livre à l’écran
Isabelle Beaulieu accorde une entrevue à la cinéaste Anne Émond dans Les Libraires à propos de son prochain film qui portera sur l’écrivaine québécoise Nelly Arcan. Émond réfléchit aux multiples facettes de la persona d’Arcan et désire mettre en lumière les paradoxes qui sont infléchis dans et autour de son oeuvre. Pour ce faire, Émond a décidé de montrer cinq portraits, tous joués par Mylène Mackay: Isabelle (le vrai prénom de l’auteure), Nelly l’écrivaine, Marylin la star, Amy l’amoureuse dans Folle et Cynthia, la prostituée, qui était le nom de prostituée d’Arcan. Avec ce film, la cinéaste veut ouvrir un dialogue sur ce que ça veut que d’être femme aujourd’hui, dans notre société où les exigences irréalistes de l’apparence se donnent à lire comme le socle d’un discours qui ne fait que limiter la part de vulnérabilité qui nous constitue. Contre cette tyrannie du regard, l’oeuvre d’Arcan se doit d’être disséminée parce qu’elle est une force: et cette force réside dans sa volonté de porter son regard sur les multiples échecs qui constituent le parcours de vie des femmes. Reste à voir si ce film révéberera le cri du refus de la cécité et de la bienséance. La sortie est prévue pour l’été 2016.

Clubs de lecture
Le blogue littéraire Le fil rouge s’intéresse au club de lecture féministe lancé par Emma Watson, Ambassadrice de bonne volonté d’ONU Femmes depuis 2014. Première lecture au programme de ce club ingénieusement nommé Our Shared Shelf: les mémoires My Life on the Road de la féministe américaine Gloria Steinem. On ne peut que souhaiter voir la mise sur pied d’un équivalent francophone portée par une personnalité publique aussi influente que Emma Watson.

Le Club de lecture francophile se réunira pour la première fois à Montréal à la librairie Drawn & Quarterly le 24 février (voir programme dans l’hyperlien) et propose le roman Arvida de Samuel Archibald comme première lecture. Reste mainteant à voir quelle place sera réservée aux écrivaines.

COMMUNICATION NON SEXISTE
Le Haut conseil à l’égalité des femmes et des hommes lançait récemment un guide pratique pour une communication publique non sexiste. Le magazine 50/50 en résume les grandes lignes qui, loin de se limiter à la féminisation linguistique, concernent également les représentations visuelles pouvant dévoyer un message qui se veut pourtant non sexiste.

RAPPORT SOCIAUX DE SEXE
À écouter ou à réécouter, un documentaire de France Culture sur les violences médicales que subissent les femmes. Les situations françaises explorées ici ne sont certainement pas propre à ce pays.

Dossier « Femmes. Première partie » à C’est fou, émission animée par Serge Bouchard et Jean-Philippe Pleau à la chaîne de Radio-Canada: les femmes autochtones au Canada avec Michèle Audette; entretien avec Aurélie Lanctôt, auteure des Libéraux n’aiment pas les femmes; archives radiophoniques sur les femmes; la non-maternité avec Lucie Joubert, auteure de L’envers du landau; billet « En circuit fermé: le point de vue Élizabeth ». Les femmes. Première partie

Autre conséquence des mesures d’austérité mises en place par le gouvernement libéral de Philippe Couillard: la prison Tanguay, seul établissement pénitencier pour femmes au Québec, fermera ses portes en février 2016. Dans une entrevue accordée à Isabelle Grégoire (Châtelaine), Soeur Marguerite Rivard dénonce l’inéquité en matière de services et de soins offerts aux femmes incarcérées et la crainte de voir cette disparité s’accroître dès lors qu’elles seront transférées au centre de détention Leclerc, établissement jusqu’alors réservé aux hommes.
Pour en apprendre davantage sur le parcours de Soeur Marguerite Rivard et son dévouement pour l’amélioration des conditions de vie des femmes incarcérées, voir la courte biographie publiée en 2013 sur le site de la Nouvelle revue franciscaine.

FÉMINISME ET ISLAM
Sérénade Chafik, auteure de Répudiation: femme et mère en Égypte (2003) et ardente défenseure des droits des femmes soumises aux lois de la charia, signe un papier dans lequel elle explique son refus d’apposer sa signature au bas de la pétition « Nous ne céderons pas ». Non pas qu’elle rejette les revendications et les valeurs prônées par ladite pétition, mais bien parce que cette dernière compte, parmi ses signataires, des groupes sexistes, homophobes et islamistes (malheureusement sans les nommer). Pour Chafik, l’attachement des islamistes à la « notion de la Oumma Islamyyia » est incompatible avec les notions de démocratie et de droits des femmes.
Pour mieux comprendre ses motivations — tant personnelles, politiques, culturelles que sociétales —, et ses désillusions à l’égard des islamistes lorsqu’il est question des droits des femmes — qu’ils soient salafistes ou Frères musulmans —, lire l’entretien publié sur le blogue de Monica M. Selon Madame Chafik, il ne peut y avoir de révolution politique sans que soient abordées les revendications « basiques » des femmes liées à la discrimination et à la violence systémique à leur égard.
Notons au passage que telles que Chahdortt Djavann (Bas les voiles!, 2003) et Djemila Benhabib (Ma vie à contre-Coran. Une femme témoigne sur les islamistes, 2009) Sérénade Chafik s’inscrit dans la lignées des féministes qui refusent catégoriquement le port du voile pour les femmes musulmanes.

VIOLENCE CONJUGALE
Dans un pays où la violence domestique demeure encore taboue, la Chine a adopté, le 27 décembre 2015, une loi qui oblige les forces de l’ordre à venir en aide aux conjoints.es, mariés.es ou non, qui portent plainte pour violence conjugale, qu’elle soit d’ordre physique ou psychologique. Cette nouvelle loi ne s’applique toutefois pas aux couples de même sexe.

MODE
Le 17 décembre dernier, la France a adopté une loi sur la maigreur excessive des mannequins dans le but, entre autres, de trouver une solution au problème de l’anorexie qui touche surtout les filles et les femmes. Cette loi, qui exige un certificat médical qui fait état de la “bonne santé” des mannequins, a vivement été critiquée par les divers acteurs de l’industrie de la mode qui la jugent trop sévère, arguant, du même souffle, que la minceur est une valeur ancrée dans le milieu. Si on ne peut qu’être en faveur d’une plus grande diversité corporelle dans le milieu de la mode et dans les médias et qu’on ne peut que se réjouir de voir les photos retouchées identifiées comme telles, on est cependant en droit de questionner les possibles effets pervers de cette loi qui criminalise en quelque sorte certains corps de femmes sans vraiment s’attaquer au véritable problème qu’est la vision normative du corps féminin présentée par le monde de la mode.

HISTOIRE DES PEUPLES ET ART POPULAIRE
À quand remonte l’histoire du graffiti? Quels en ont été les usages sachant que cette forme d’expression appartient, nous apprend l’historienne Évelyne Ferron, qui enseigne l’histoire de l’antiquité à l’Université de Sherbrooke et à l’Université du Québec à Chicoutimi, à toutes les époques et à toutes les civilisations de l’humanité. Dans l’émission Aujourd’hui l’histoire, animée par Jacques Beauchamp, Ferron (à partir de 20h06) explique que l’histoire quotidienne et politique du peuple se témoigne par le graffiti : de l’art rupestre, à la découverte de la grotte de Lascaux par 4 adolescents dans les années 1940, aux graffitis aujourd’hui dans le monde urbain, cette forme de communication occupe une place symbolique et artistique importante. Grâce aux travaux de Ferron, nous avons accès ici à une fascinante explication de l’art populaire.
Notez en terminant que la revue de presse francophone passe désormais en mode mensuel pour des raisons dont nous parlerons le mois prochain.
Vous avez des commentaires, des suggestions? N’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : liens@cwila.com
– Adeline Caute, Julie Côté, Evelyne Ledoux-Beaugrand et Eftihia Mihelakis

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