FCAL Revue de presse francophone: quelques critiques et le sexisme du monde littéraire

Notre livraison de la fin novembre est surtout placée sous le signe de la littérature. Deux mois et demi après la rentrée littéraire, les comptes rendus de romans et d’essais se font plus nombreux. Dans le sillage du Salon du livre de Montréal qui vient tout juste de se terminer, la parole des auteur.e.s occupe une place plus grande qu’à l’habitude dans les média. Soulignons que la liste annuelle des “dix jeunes auteurs à surveiller” de Plus on est de fous, plus on lit! présente cette année une majorité d’auteures, avec sept femmes parmi les dix écrivain.e.s sélectionné.e.s.

LITTÉRATURE
Critiques et comptes rendus
Vanessa Courville sort des formes traditionnelles du compte rendu et se fait épistolière pour parler du dernier roman Le Parfum de la tubéreuse d’Élise Turcotte. Dans sa “Lettre à Élise Turcotte” publiée sur le site Les Méconnus, elle détaille les caractéristiques principales du livre en s’adressant directement à son auteure.

À des lieues des propos élogieux de Courville au sujet du Parfum de la tubéreuse de Turcotte, Marie-Eve Fleury ne mâche pas ses mots à l’égard de l’essai que Jacques Beaudry consacre à Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Sarah Kane et Nelly Arcan. Intitulée “Du mausolée des suicidées à l’habitation des femmes : exemple d’une critique médiocre” et publiée dans Françoise Stéréo, la réflexion de Fleury est sans appel: la lecture de Beaudry témoigne d’une “prise de possession phagocytaire” des écrivaines étudiées, en plus d’être réductrice et manifestement infléchie par les stéréotypes de genre. Pour Beaudry, le suicide et la souffrance des écrivaines à l’étude serait l’expression d’une pulsion de vie, voire une tentative de sauver l’humanité en se sacrifiant. Les procédés littéraires choisis par Beaudry, notamment le tutoiement des écrivaines apostrophées par leur prénom, participent, selon Fleury, d’une appropriation des oeuvres qui aurait pour effet d’éviter le désemparement qu’elles suscitent et d’amoindrir leur force disruptive. En plus de sa critique du Cimetière des filles assassinées de Beaudry, c’est toute une culture critique souvent complaisante que Fleury nous invite à remettre en question.

Annabelle Moreau sur Ton petit look présente une liste de suggestions de lecture rassemblant trois romans de la rentrée littéraire 2015 écrits par des femmes, soit Madame Victoria, troisième roman de Catherine Leroux, Les maisons, premier roman de la dramaturge et essayiste Fanny Britt, et Nirliit de Julianna Trudel-Léveillée.

Dans la Gazette des femmes, Aurélie Lanctôt signe le billet “Prendre soin, pour une société plus juste” portant sur l’ouvrage collectif Le care: éthique féministe actuelle paru cette année aux Éditions du Remue-ménage. Il s’agit moins d’un compte rendu que d’une réflexion suscitée par sa lecture de l’ouvrage. Lanctôt voit dans la pensée du care telle que définie dans le collectif comme discours sur la façon dont l’autonomie est déterminée par les soins reçus ou prodigués à notre place, l’une des voies de résistance à l’austérité que veulent imposer plusieurs gouvernements. Ces mesures risquent d’entraîner une nouvelle réduction de l’autonomie des femmes, acquise, au Québec, grâce à des structures étatiques.

Prix littéraires et monde de l’édition
Marie-Louise Arsenault, animatrice de Plus on est de fous, plus on lit ! s’entretient avec le journaliste Marc Cassivi au sujet des femmes et des prix littéraires. Ils font ensemble le constat d’une égalité plus affirmée au Canada qu’en France, du moins en ce qui a trait au Prix du Gouverneur Général dans la catégorie roman: “Le prix du Gouverneur général du roman de langue française a été remis à 53 % de femmes au Canada”. Or cette statistique encourageante ne tient que pour la fiction. Un rapide coup d’oeil sur les auteur.e.s primé.e.s dans la catégorie essais et études en langue française révèle la persistance d’une domination masculine dès lors que l’on sort du champ de la fiction. Ceci rejoint l’idée d’Isabelle Boisclair voulant que “l’essai [soit] le genre par excellence consacrant l’autorité”. Les femmes étant moins facilement identifiées à l’autorité pour des raisons culturelles et historiques, elles sont moins susceptibles de recevoir une reconnaissance pour leurs essais.

Dans Les prix littéraires sont-ils sexistes?, Grégoire Orain revient sur la place des femmes auteures parmi les finalistes et les lauréats des prix littéraires français. Il constate que si la majorité des prix revient toujours aux hommes, ces derniers sont également surreprésentés au sein des jurys. À l’appui de données statistiques portant sur les prix attribués depuis 1903, Orain montre que durant le siècle dernier, la parité a été rarement atteinte, et ce, souvent grâce au prix Femina, et jamais dépassée. Orain conclut que la France ne fait malheureusement pas exception sur ce point.

“L’égalité hommes-femmes: ‘L’édition ne se sent pas concernée’” tend le micro à “La Barbe”, un collectif féministe venu manifester lors de l’attribution du prix Goncourt. Considèrant le Goncourt comme un “mâle nécessaire”, La Barbe dénonce la doxa qui a cours en littérature depuis l’Antiquité et appelle à une représentation plus égalitaire des auteur.e.s récompensé.e.s et des jurys.

RAPPORTS SOCIAUX DE SEXE
Comment  éduquer les gaçons afin qu’ils ne reconduisent pas la discrimination envers les femmes? Danielle Verville apporte quelques pistes de réponse dans “Élever des garçons qui respecteront les femmes“. Parmi les facteurs qui conditionnent les comportements de genre et contribuent à la persistance des inégalités, on retrouve la sexualisation de la société jumelée à l’absence d’éducation sexuelle, à commencer par l’idée claire de ce qu’est le consentement, le formatage des genres via les objets de puériculture, que prolonge la séparation marquée entre garçons et filles dans l’industrie des jouets, et le manque d’investissement des pères de la parentalité.

Conciliation famille-travail
Dans “Ces pères qui surestiment leur travail”, Marianne Prairie discute l’idée que se font les pères et les mères des tâches qu’ils accomplissent au sein du foyer à la lumière de statistiques récentes proposées par le Pew Research Center. Pour expliquer l’impression qu’ont les hommes d’en faire plus qu’ils n’en font réellement, Prairie postule que les mères font plus de “tâches invisibles” (la fameuse charge mentale de la logistique domestique) que les hommes.

Vous avez des commentaires, des suggestions? N’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : liens@cwila.com

– Adeline Caute, Julie Côté, Evelyne Ledoux-Beaugrand et Eftihia Mihelakis

 

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