Le Décompte FCAL 2014, la résistance au féminin, et l’égalité, c’est pour quand?

Une livraison tardive de cette quatrième revue de presse franco parce que nous tenions à souligner la parution de l’essai « À quoi résiste-t-on quand on résiste au féminin ? » d’Isabelle Boisclair en réaction au Décompte 2014 de FCAL. Tout comme Erin Wunker qui, dans son essai introductif intitulé « The CWILA Effect », met en lumière la progression certes visible des femmes dans l’espace littéraire canadien mais néanmoins insuffisante à l’atteinte d’une véritable égalité, Isabelle Boisclair fait le constat d’une certaine stagnation de la représentation des femmes autour d’un seuil de 30%. Si l’image du plafond de verre est souvent évoquée lorsqu’on parle des obstacles à l’égalité homme-femme, c’est plutôt à celle d’un tapis roulant que renvoie Boisclair. Une marche sur place que confirme la mise en perspective des chiffres du Décompte FCAL 2014 avec l’étude réalisée par Boisclair dix ans plus tôt. Devant ce que Boisclair nomme à juste titre une résistance au féminin, on en vient à penser que les femmes qui écrivent sont vraiment dangereuses, pour reprendre ici le titre d’un ouvrage de Laure Adler.

LITTÉRATURE (FICTION ET ESSAIS)
C’est à la suite du rapport sur  les mesures de l’austérité et les femmes publié par l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS) en mars 2015 qu’Aurélie Lantôt s’est penchée sur les liens directs entre la mise en place des politiques économiques du gouvernement libéral de Philippe Couillard et l’appauvrissement des femmes au Québec. Dans un entretien accordé à Jessica Nadeau du journal Le Devoir, elle revient sur les raisons qui l’ont poussée à rédiger son premier essai, Les libéraux n’aiment pas les femmes.
On peut lire quelques extraits de son essai ici.

Danièle Grenier, animatrice des Divines tentations sur les ondes de Radio-Canada (Ottawa-Gatineau) s’entretient avec Monia Mazigh dans le cadre de la parution de son dernier roman, Du pain et du jasmin dans lequel elle explore à la fois la relation mère-fille et la manière dont les « révoltes » de 1984 et 2010 ont affecté la vie des femmes.

Dans un entretien accordé à Ritta Baddoura, Mona Eltahawy, auteure de Foulards et hymens: pourquoi le Moyen Orient doit faire sa révolution sexuelle, explique l’importance de la prise parole au féminin, de ce « je » individuel qui, en s’exprimant, permet aux femmes de franchir les limites de l’espace privé pour atteindre l’espace public, passage essentiel pour que les intérêts et les droits des femmes trouvent leur juste place au sein de la révolution des hommes.

Le blogue Biscuits de fortune présente une liste de vingt essais féministes incontournables. Quelques Québécoises figurent aux côtés des grands noms du féminisme américain et français.

Littérature jeunesse
Dans son dernier roman Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin raconte les bouleversements qui ont lieu dans la vie d’une adolescente et de sa mère lorsque Tania, âgée de 14 ans et demi, découvre que sa mère, qui l’élève seule, est atteinte d’un cancer du sein.

Le Y des femmes de Montréal présente une liste de dix livres jeunesses non sexistes pour pallier la présence de plus en plus grandes de livres (et de jouets) genrés. Notons qu’Élise Gravel, interviewée par Radio-Canada à l’occasion de la parution de cette liste, est la seule Québécoise à y figurer.

REPRÉSENTATION HOMMES-FEMMES
L’Université McGill vient de faire paraître les résultats d’une longue enquête qui montre la prédominance des hommes dans les médias, tout particulièrement lorsqu’il s’agit de personnes qui occupent une position professionnelle privilégiée, aussi bien d’un point économique que culturel.

Le Devoir s’intéresse à l’avis “La parité c’est pour quand?” du Conseil du statut de la femme. Après avoir observé que, si le Québec était un pays, il se situerait au 44e rang mondial pour la représentativité des femmes en politique, le Conseil du statut de la femme veut que les partis politiques qui ne respectent pas la parité se voient imposer des sanctions sous forme d’amendes.

Stéréotypes sexistes dans les manuels scolaires
Journaliste à L’Express, Sandrine Chesnel brosse une analyse de la récente Étude des représentations sexuées et sexistes dans les manuels de lecture du CP, publiée par le Centre Hubertine Auclert, dans laquelle force est de constater que les éditeurs de manuels scolaires perpétuent une représentation stéréotypée des rôles sexués et contribuent ainsi à la culture sexiste de la société française.
L’intégralité de l’étude est disponible sur le site du Centre Hubertine Auclert.

ÉTHIQUE ET RELIGION
Alors qu’une partie de la campagne électorale s’est cristallisée autour de l’autorisation à voter à visage couvert – une situation qui concerne au premier chef les femmes portant le voile intégral -, Francis Dupuis-Déry signe un texte plein d’ironie dénonçant l’instrumentalisation de la femme voilée dans les média et le discours social. Impuissante et totalement opprimée dans les pays du Moyen-Orient selon les discours qui l’utilisent afin de justifier une intervention militaire, elle serait, une fois installée en sol nord-améri cain,le symbole même du patriarcat qu’il faut éradiquer si on se fie aux passions qu’elle déchaîne en ce moment au Québec et au Canada. La puissance toute factice qu’on lui accorde fait dire à Dupuis-Déry: “Je veux être une femme voilée”.

FEMMES ET CINÉMA
Dans un billet intitulé “Dessinatrices: le débat se poursuit”, la scénariste et dessinatrice Chantal Montellier réagit à la Charte des créatrices de bande dessinée contre le sexisme (http://bdegalite.org.), dont elle salue l’intention, mais pas les modalités spécifiques. Par exemple, alors que ses consoeurs sont critiques de la notion de “bande dessinée féminine”, un terme qu’elles jugent particularisant et, de ce fait, dévalorisant, Montellier n’y voit pas de mal. Selon elle, les créatrices doivent certes refuser d’être réduites à leurs organes reproducteurs, mais elles ne devraient pas avoir à se renier en tant que femmes.

HARCÈLEMENT À L’UNIVERSITÉ
Dans un communiqué, le Syndicat des Étudiant-e-s Employé-e-s de l’UQAM – SÉTUE dénoncent la vendetta de l’UQAM envers les femmes qui ont dénoncé des cas de harcèlement. Un professeur du Département de sociologie a en effet porté plainte contre une étudiante, l’accusant de diffamation. Sa plainte a été retenue et l’enquête maintenant en cours en menée à grands frais par l’UQAM “ qui a cru bon de donner carte blanche à un bureau externe d’avocats pour faire enquête sur les féministes de l’UQAM et les femmes harcelées ou agressées qui auraient pu être solidaires de cette histoire”.

HARCÈLEMENT AU TRAVAIL
Francine Pelletier propose une réflexion croisée entre les « pratiques culturelles barbares » que le Premier Ministre Stephen Harper appelle à dénoncer et la manière dont est considéré le harcèlement sexuel au Canada, en particulier au Québec où, depuis 2004, le harcèlement sexuel est juridiquement noyé dans la catégorie très générale du « harcèlement psychologique ».

ÉDUCATION ET ÉCONOMIE
Dans un billet intitulé « À l’école en ‘classe affaires’ », Marie-France Lanoue, doctorante en philosophie à l’Université Laval,  dénonce le système des écoles « à deux vitesses » au Québec en prenant l’exemple de la gestion du service de garde et des repas à l’heure du dîner. Pour Lanoue, c’est une véritable « ségrégation » classiste qui se joue sous le gouvernement Couillard.

HARCÈLEMENT ET SPORT
Sylvie Fréchette revient sur les accusations de harcèlement qui pèsent sur Marcel Aubut. Tout en disant qu’elle ne veut pas « que ce soit vrai », la double médaillée olympique encourage les victimes concernées à rompre le silence et à partager leur histoire. Elle précise également qu’elle souhaite que l’enquête soit menée le plus vite possible pour ne pas jeter une ombre sur les prochains Jeux de Rio.

HISTOIRE DU SUFFRAGE FÉMININ AU CANADA
Le 15 octobre prochain, au Musée canadien de l’histoire de Gatineau, se tiendra un Forum Histoire Canada, intitulé “Raconter l’histoire exceptionnelle et ordinaire des femmes canadiennes”, pour faire un point sur les contributions des Canadiennes dans l’histoire de l’obtention du droit de vote pour les femmes. Des auteur-e-s, professeur-e-s et chercheur-e-s discuteront plusieurs personnalités et moments marquants de l’histoire du suffrage féminin au Canada. L’entrée est libre mais les places doivent être réservées à l’avance.

HISTOIRE DE LA MÉDECINE
Dans “Portrait de médecin”, Jacques Beaulieu signe une brève biographie d’Irma LeVasseur (1878-1964), qui, bien que peu connue, a été pionnière dans le domaine de la médecine au Québec puisqu’elle est la première Canadienne-française à avoir conquis le droit d’exercer au Québec auprès de l’Assemblée nationale. Parmi ses nombreuses autres réalisations d’importance, elle a fondé une école pour enfants handicapés ainsi que l’Hôpital de l’Enfant-Jésus à Québec et s’est illustrée comme héroïne de guerre en allant exercer en Europe entre 1914 et 1918.

Vous avez des commentaires, des suggestions? N’hésitez pas à contacter notre équipe à l’adresse suivante : liens@cwila.com

– Adeline Caute, Julie Côté, Evelyne Ledoux-Beaugrand et Eftihia Mihelakis

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