Revue de presse FCAL – De l’invisibilité (bis)

La question a été lancée le mois dernier : mais où sont donc les femmes? Où sommes nous donc? Actrices, réalisatrices, autrices, journalistes, directrices, scientifiques, nous existons pourtant, il suffit, dans un premier temps, que notre travail, nos réalisations, nos existences soient donnés à voir. À cet égard, sur Wikipedia, le déséquilibre entre le nombre de biographies consacrées aux grands hommes de l’histoire versus celles consacrées aux femmes renommées est plus que désolant. Afin de corriger le tir, l’équipe du Service égalité de l’Université de Genève a lancé le projet « Let’s Fill the Wikipedia Gender Gap » pour lequel les femmes romandes sont appelées à combler les vides et ainsi réduire le nombre de « Sans pagEs ». Le processus d’exclusion des femmes dans les différentes sphères de la société ne peut toutefois se résumer à leur quasi absence des encyclopédies, des prix littéraires et autres lieux de visibilité. Les femmes, faut-il incessamment le rappeler, comptent pour un peu plus de la moitié de la population. Un nombre grandissant de femmes occupent des postes importants ou stratégiques. Elles sont là, sous nos yeux, et pourtant les différents systèmes de représentation tendent à les gommer. Présentes, soit, mais invisibles. Le problème qui donne lieu à notre réflexion ce mois-ci n’est en effet pas tant celui du nombre insuffisant de femmes devant ou derrière la caméra, par exemple, mais bien du traitement qu’elles subissent dans les médias et la culture.

Au Québec, cette invisibilité des femmes semble prendre de l’ampleur dans le domaine de la presse écrite. Tel est le cri d’alarme lancé par l’avocat Michaël Lessard et l’étudiante à la maîtrise en droit Suzanne Zaccour qui, dans une lettre ouverte publiée dans le journal Ricochet, dénoncent la masculinisation systématique de l’appellation des personnes qui occupent un poste dans la haute sphère gouvernementale, phénomène particulièrement remarquable dans La Presse et Le Nouvelliste. Par ailleurs, comme le rapporte Clément Solym de l’ActuaLitté, l’espace de la critique littéraire n’est pas étranger au phénomène de l’invisibilité des femmes, particulièrement en Australie. Les premiers résultats d’une étude menée par les organisateurs du Stella Prize for Literature montrent en effet que si les femmes représentent près de 67% des auteurs publiés, seulement 39,3% des oeuvres publiées par des autrices font l’objet de critiques littéraires.
En 2004, Slate publiait un article de Charlotte Pudlowski sur l’importance du traitement littéraire de certaines thématiques et de certains enjeux sociaux — en l’occurrence la culture du viol et le viol —, pour qu’ils parviennent à une existence sociale. Comme l’explique l’autrice, lorsque que la culture du viol est implicite ou lorsqu’elle n’est que blague ou jeu, elle demeure invisible aux yeux du public. Or, la question demeure plus que jamais pertinente: on n’a qu’à penser aux « 12 travaux d’Hercule » proposés par l’équipe des Jeux de communication de l’Université du Québec en Outaouais lors de la rentrée universitaire en septembre 2016.
Paradoxalement, comme l’explique Martine Delvaux dans un article du Devoir et un papier publié dans la Gazette des femmes, lorsque l’invisibilité concerne un homme, elle tend plutôt à confirmer, affermir et reconduire les stéréotypes qui le rendent humain et sujet pensant à l’action virile, alors que les feux de la rampe dirigés vers une femme la maintiennent dans son rôle d’objet sexuel trop bavard.

Décès
Le 13 août dernier décédait Françoise Mallet-Jorris, romancière, féministe engagée et membre de l’Académie Goncourt jusqu’à ce qu’elle cède sont siège pour des raisons de santé, à 86 ans. Bibliobs propose un court résumé de sa biographie.

Littérature
Portrait
Sur le site internet de l’Union des écrivains et écrivaines du Québec (UNEQ), Bertrand Laverdure dresse un intéressant portrait de Carole David en guérillère féministe. La lauréate du Prix des libraires volet poésie de 2016 y est dépeinte comme une ”Femme qui s’indigne”, suivant le titre du texte de Laverdure. Il est vrai que dans l’oeuvre de David, où domine l’écriture poétique, se lit un engagement féministe assumé. S’inscrivant dans une filiation à la poète Josée Yvon, Carole David n’hésite pas à partager “sa fougue” (dixit Laverdure) et son indignation avec plusieurs poètes de la relève que sont notamment Maude Veilleux, Daphné B., Catherine Cormier, Chloé Savoie-Bernard ou Erika Soucy.

Critique
Parmi les romans de la rentrée littéraires de l’automne 2016 s’impose dans les média celui de Mélissa Verreault. Dans Le Devoir, Danielle Laurin parle des Voies de la disparition, troisième roman de Verreault, en des termes élogieux. Ce roman, selon Laurin, “embrasse large”, “secoue”, et exige la patience de ses lecteurs et lectrices. De son côté, Valérie Lessard du Droit propose une critique et un entretien avec l’autrice pour qui la rédaction de ce roman a été difficile, tant pour des raisons d’ordre personnel que de construction d’une trame narrative dans laquelle s’imbriquent deux histoires: celle de l’attentat de Barcelone en 1980 et celle des difficultés rencontrées par les protagonistes dans la concrétisation de leur désir d’avoir un enfant.

Dans Le Devoir, Danielle Laurin signe une critique du premier roman de Stéphanie Boulay, aussi connue pour son rôle dans le groupe musical Les soeurs Boulay. À l’abri des hommes et des choses raconte le passage de l’enfance à l’adolescence d’une narratrice issue d’un milieu pauvre. Un peu lente, dit-on, notamment habitée par les transformations de son corps et, inévitablement, par ses désirs. Un roman noir, mais raconté par une plume originale qui transgresse les codes de la langue et qui donne envie de suivre attentivement la carrière littéraire de cette autrice.

À l’heure des nouveaux projets de loi fédéral et provincial sur le suicide assisté, la romancière et poétesse Louise Dupré, fidèle à ses habitudes, privilégie la force des mots et la puissance de la parole pour se faire « touriste de la mort » afin d’explorer les différentes facettes du meurtre, du suicide et de l’euthanasie. Hugues Corriveau signe dans Le Devoir une critique littéraire au sujet du recueil de poésie La main hantée (Le Noroît), « recueil ombré et emporté par ce désir irréfragable de survivre ».

Prix
Catherine Leroux, qui a signé en 2015 le recueil de nouvelles Madame Victoria, est la seule francophone en lice pour le Prix Scotiabank Giller grâce à la traduction de son roman Le mur mitoyen (Alto), publié en anglais sous le titre The Party Wall (Biblioasis).

Vous avez des commentaires, des liens à nous suggérer ? Contactez-nous à l’adresse suivante : liens@cwila.com

– Adeline Caute, Julie Côté et Evelyne Ledoux-Beaugrand

This entry was posted in Blog, En français, Uncategorized. Bookmark the permalink.