Revue de presse FCAL – Où sont les femmes?

Notre chronique mensuelle pourrait tout aussi prendre pour nom officiel “Où sont les femmes?” tant cette question revient de façon lancinante dans toutes les sphères de la société. Chaque fois, elle est un rappel douloureux que l’égalité est loin d’être atteinte, malgré ce qu’en dit la doxa.

Cette fois-ci, ce sont Isabelle Boisclair et Martine Delvaux qui font l’affligeant constat de la quasi absence d’imaginaires de femmes dans la programmation très masculine du cycle « Une histoire de l’érotisme » présenté à la Cinémathèque québécoise. Dans leur texte intitulé “Érotisme au masculin”, elles nous rappellent que l’argument historique, souvent évoqué pour défendre une flagrante iniquité des représentations, ne sert qu’à perpétuer l’exclusion des femmes. Les autrices font valoir qu’à l’heure actuelle, la programmation de tels événements devrait être l’occasion de corriger cet état de fait plutôt que de donner lieu à sa perpétuation.

Tendre à l’égalité suppose bien sûr des représentations qui tiennent compte de la diversité du monde, mais aussi une répartition plus égalitaire des fonds publics versés aux créateurs et créatrices de toutes disciplines. C’est à cette conclusion qu’arrivent les Réalisatrices Équitables dans le rapport publié suite à leur journée d’études sur la place des créatrices au Québec. Catherine Lalonde en présente un résumé dans les pages du Devoir et met en évidence comment les aspects symboliques de la représentations sont indissociables des aspects matériels que sont, notamment, les moyens pécuniaires mis à la disposition des auteurs et autrices.

Cette disparité dans les représentations et dans l’attribution des fonds se prolonge dans la réception critique des oeuvres, comme le montre chaque année notre Compte annuel des recensions publiés dans des magazines et journaux québécois et canadiens. Dans “Bienvenue aux dames”, un éditorial de la revue 24 images, Helen Faradji se penche sur cette iniquité des recensions dans le monde du cinéma. Elle déplore la chute dramatique du nombre de femmes critiques, la montée d’internet et les effets aussi bien quantitatifs que qualitatifs de cette disparité sur les critiques de films, en particulier lorsque les films en questions sont réalisés par des femmes ou mettent en scène des personnages féminins qui dérogent au rôle étroit qui nous est encore imparti. Difficile de ne pas lier ce recul du nombre de critiques femmes au moment où internet s’impose comme lieu de publication de recensions de films à la misogynie ambiante et décomplexée qu’on peut voir à l’oeuvre tous les jours sur les médias sociaux et sur les différentes plateformes journalistiques où, en un clic, chacun est susceptible de partager son point de vue… et sa misogynie. Récemment, cette haine des femmes s’est exprimée dans les violentes critiques adressées au nouveau film Ghostbusters, cela avant même sa sortie en salle, ainsi que dans les menaces de viol et de meurtre à l’encontre de sa fille 5 ans qu’a reçues l’autrice féministe Jessica Valenti. Autant de façons d’essayer de nous faire taire et de nous rappeler à l’ordre d’une certaine féminité, passive, muette et complaisante, auxquelles nous voulons répliquer en relayant ici le travail créatif et critique de femmes.

LITTÉRATURE
Autour d’Anne Hébert
Anne Hébert aurait eu 100 ans cette année, plus précisément le 1er août 2016. À cette occasion, la magazine télé La Fabrique culturelle consacre un dossier à l’une des très grandes autrices québécoises, qui a pratiqué le roman, la poésie, le théâtre ainsi que la nouvelle. Samuel Archibald profite de l’occasion pour revisiter sous un angle inusité l’oeuvre d’Anne Hébert, mettant en lumière le caractère parfois trash de l’écriture de celle qu’il désigne comme sa « night-mère ». Dans l’esthétique et la langue particulières des Enfants du sabbat, Archibald voit le signe « de grands réservoirs de colère et de révolte chez cette dame si discrète » et sa lecture invite à relire toute l’oeuvre d’Hébert sous l’angle d’une colère et d’une révolte exprimées à demi-mots.

Revenance (de Josée Yvon)
Prenant pour prétexte le cabaret Blues du Centre-Sud : Hommage à Josée Yvon présenté dans le cadre du FestiBlues International de Montréal, Ralph Elawani revient sur l’oeuvre fascinante et complexe de la grande figure de la contre-culture qu’est Yvon. Plusieurs initiatives de jeunes poètes et chercheuses marquent un mouvement de reconnaissance mérité de l’autrice de, notamment, de Fille-missiles et Travesties-Kamikaze, dont l’identité a souvent été réduite à son statut de compagne de (Denis Vanier).

Entretien
Dans un entretien très intime accordé à Pascale Millot de la Gazette des femmes, Anaïs Barbeau-Lavalette explique les raisons qui l’ont motivée, dans un premier temps, à engager un détective privé pour en apprendre davantage sur sa grand-mère, cette femme qui, lorsqu’elle a abandonné son mari et ses enfants, a laissé un « trou noir » dans l’histoire familiale puis, dans un deuxième temps, la nécessité d’en faire le récit dans son roman La femme qui fuit.

Perrine Leblanc répond à sept questions sur son écriture, la situation des écrivains et écrivaines de langue française au Québec. Elle se prononce aussi sur son “choix de vivre modestement” en tant qu’autrice.

Prix littéraires
Plusieurs prix littéraires québécois et canadiens ont récompensé des autrices au courant des derniers mois. Notons, en particulier, la remise du prestigieux Prix Molson du Conseil des arts du Canada à Marie-Claire Blais pour l’ensemble de son oeuvre.

L’édition 2016 des Prix des libraires du Québec a aussi souligné l’apport des femmes à la vie littéraire québécoise en remettant le prix catégorie poésie à Carole David pour son recueil L’année de ma disparition, paru aux Éditions Les Herbes Rouges et le prix catégorie roman à Anaïs Barbeau-Lavalette pour La femme qui fuit, publié par les Éditions Marchand de feuilles. Dans la catégorie Roman hors Québec, c’est également une femme qui remporte les honneurs, soit Elena Ferrante pour son roman L’amie prodigieuse, paru en version française chez Gallimard.

La deuxième édition du Prix de poésie Geneviève-Amyot, le Bureau des affaires poétiques a également récompensé trois lauréates:
Marie Clark a reçu le 1er prix pour son recueil Scié tu tombes;  le deuxième prix a été remis à Sara Dignard pour “Écoumènes” ;  Kim Doré est lauréate du troisième pour la Timidité des cîmes.
Les documents de présentation des finalistes et lauréates donnent accès à plusieurs poèmes des auteurs et autrices ainsi qu’à de courts textes sur leur vision de la poésie.
Le Bureau des affaires, à qui l’on doit notamment le Mois de la poésie, annoncait en mai dernier devoir mettre fin à ses activités en raison d’un manque criant de financement.

 

Réflexion
Dans son récent billet, Amélie, du blogue littéraire Le bal des absentes, propose une courte analyse de L’invitée de Simone de Beauvoir tout en établissant un parallèle entre ce roman, celui de Colette qui a inspiré Beauvoir (La Seconde, 1929) et celui Violette Leduc (La Bâtarde, 1964) qui à son tour s’est inspirée de Beauvoir, trois romans où les autrices ont voulu explorer de nouvelles possibilités du soi au sein de relations intimes.

Théâtre
Jules César de Shakespeare avec une distribution entièrement féminine, c’est l’idée qu’a eu la nouvelle directrice artistique du Théâtre Répercussion et metteuse en scène Amanda Kellock.

Critique – théâtre
Dans sa critique de la mise en scène du recueil Plus haut que les flammes de Louise Dupré, Vanessa Courville défend le principe puissant de la poésie comme outil de devoir de mémoire.

Critique – Nouvelles
Mylène Durand propose une critique élogieuse du deuxième recueil de nouvelles publié par Agnès Garda, Mourir, mais pas trop, dont elle salue la justesse, la finesse et l’humanité.

CULTURE
Réflexion
« Celles qui aiment la culture pop », c’est le récent cri du coeur de Martine Delvaux qui rejette les notions de vrai et faux féminisme lorsqu’il est question d’apposer des étiquettes sur les sources qui font naître le désir d’égalité et de justice pour les femmes, chez les femmes.

Vous avez des commentaires, des liens à nous suggérer ? Contactez-nous à l’adresse suivante : liens@cwila.com

– Adeline Caute, Julie Côté, Evelyne Ledoux-Beaugrand et Eftihia Mihelakis

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