FCAL Revue de presse francophone: Congrès du CIRFF, culture du viol, parutions, etc.

Pour cette deuxième revue de presse francophone de FCAL, l’effervescence du mois de septembre nous amène à présenter quelques bilans du 7ème Congrès international des recherches féministes dans la francophonie qui s’est tenu à l’UQÀM le mois dernier, ainsi que des textes sur les problèmes de violence à caractère sexuel que ramènent les initiations étudiantes à chaque rentrée universitaire.
Qui dit septembre dit course aux prix littéraires. Peut-être aurait-il fallu ajouter à notre rubrique “Où sont les femmes” les listes des nominés pour ces prix prestigieux ; sur plusieurs d’entre elles, les femmes brillent par leur absence ou doivent se contenter de cette place d’exception supposée confirmer la règle. Mais cette rubrique consacrée à l’absence des femmes – c’est-à-dire à notre absence, à l’absence de nos voix et de nos pensées – nous semblait déjà trop longue. Voilà pourquoi nous nous sommes abstenues de faire ce décompte. Nous avons plutôt choisi de rassembler des liens vers des entretiens, des parutions récentes et des articles qui proposent des réflexions sur la représentation des femmes dans différents milieux culturels.

7e CONGRÈS INTERNATIONAL DES RECHERCHES FÉMINISTES DANS LA FRANCOPHONIE
Du 24 au 28 août dernier avait lieu, à Montréal, le 7e Congrès international des recherches féministes dans la francophonie. Le 29 août, Francine Descarries, professeure de sociologie à l’UQÀM et co-organisatrice du Congrès, accordait une entrevue à Arnaud Decroix dans laquelle elle dresse un bilan des nouveaux enjeux du féminisme au XXIe siècle. Bien que les problématiques des premières heures du mouvement féministe demeurent pertinentes, les nombreuses interventions des panélistes ont permis de dégager de nouveaux enjeux liés à la diversité sociale: âge, ethnie, genre, état de santé, etc.
Audio fil disponible sur le site de Radio-Canada Première:  Être féministe au XXIe siècle
Pour un bilan en format écrit, on peut consulter le site Média Terre: Rompre avec la dichotomie théorie/pratique
Les conférences d’ouverture du congrès, notamment celles des auteures Natasha Kanapé Fontaine et Nicole Brossard, peuvent être visionnées sur le canal Youtube du CIRFF2015. Il en est de même pour la table ronde « L’expérience des racisées en milieu universitaire: entre résistance, agency et lutte pour la légitimité ».

ACTUALITÉ
L’Université de Toronto a été l’objet de violentes menaces antiféministes, en particulier les membres des départements d’études féministes et de sociologie. Dans la foulée des événements, Luc Boulanger a publié dans La Presse un texte intitulé “Nous sommes tous féministes” dans lequel il insiste sur le fait que le féminisme, qu’il qualifie de “l’une des rares révolutions pacifiques de l’histoire”, est un humanisme. Suzanne Zaccour répond à Boulanger sur le blogue De colère et d’espoir, pointant les failles et les contradictions dans son discours, notamment la dépolitisation et la décontextualisation qu’implique tout discours à vocation unanime et consensuelle autour du féminisme. “Nous sommes tous et toutes féministes” constitue à “délaver” le féminisme qui doit “déranger”, selon Zaccour. De plus, en présentant les hommes comme des alliés naturels, Boulanger fige le féminisme dans des limites accordées par eux. En conclusion, Zaccour affirme que non seulement le féminisme n’est pas un humanisme, mais qu’il est genré.

CULTURE DU VIOL À L’UNIVERSITÉ
Le 7 septembre, le Comité des Femmes de l’Université Laval a publié une lettre ouverte sur le site Impact Campus de l’université dans laquelle le Comité invite les associations étudiantes à faire preuve de jugement lors des séances d’initiation afin de ne pas encourager les pratiques et les jeux à caractère sexuel:  Pour des rentrées sous le signe du respect et du consentement.

L’équipe d’Impact Campus s’est par ailleurs entretenu avec Josée Laprade, conseillère d’orientation et directrice du Centre de prévention et d’intervention en matière de harcèlement sexuel de l’Université Laval (CPIMH) et Annie Grégoire-Gauthier, membre du Comité des Femmes de l’Université Laval afin de rappeler quelques données statistiques sur les violences à caractère sexuel d’éclaircir les notions qui définissent le concept de culture du viol : Culture du viol: Initiations à caractère sexuel

En cette rentrée universitaire 2015, l’Université d’Ottawa vient de mettre en ligne un nouveau site web de soutien et de prévention contre la violence sexuelle: Université d’Ottawa | Violence sexuelle: soutien et prévention

Dans Désolé pour votre agression, Rima Elkouri exprime son indignation devant la décision finale de l’UQÀM de ne pas imposer de sanction au professeur qui a agressé une étudiante il y a près d’un an car le harcèlement n’a pas eu lieu sur le campus. Après avoir rappelé les faits, Elkouri s’interroge sur le message qu’envoie cette décision aussi bien aux étudiant.e.s qu’aux professeur.e.s de l’UQÀM, et espère que la révision de la politique sur le harcèlement sexuel qui a cours actuellement à l’UQÀM ne permettra plus pareilles abérations.  

En réponse à la décision de l’UQÀM, la victime signe un billet sur le blogue Hyènes en jupons: C’est assez. En conservant son anonymat et celui du professeur concerné par la plainte, l’auteure du billet fustige le recours malhonnête, condescendant et contradictoire à l’humour comme explication des propos tenus par le professeur. Elle revient sur le principe de la confidentialité qui entoure les dossiers de harcèlement sexuel, qui signifie que les futures étudiantes du professeur ne seront pas avisées de ses agissements. Enfin, elle conclut que même si le professeur n’a rien perdu de son statut et de ses prérogatives en tant que tel, elle est fière d’avoir porté plainte et reconnaissante du soutien qu’elle a reçu de ses collègues durant le processus.

LITTÉRATURE
Le Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme, composé d’une centaine d’auteures de bande-dessinée, dont plusieurs figures de proue de la bédé francophone telles Marjane Satrapi et Julie Doucet, s’attaque à l’étiquette préjudiciable de« bd féminine » accolée à leurs œuvres et milite en faveur d’une avancée féministe dans la bande dessinée.
Fabien Déglise consacre un article au collectif et aux enjeux de ses revendications dans les pages du Devoir du 9 septembre.
Le bimestriel Les libraires revient brièvement sur la Charte des créatrices de bd contre le sexisme proposée par le collectif bdegalite et profite de l’occasion pour présenter l’Association Artémisia qui promeut la présence et la visibilité des femmes dans l’univers du 9e art et qui vient de publier sa première sélection des albums en lice pour le prix Artémisia 2016.

Billet signé par Stéphanie Miller de la librairie La Liberté à propos du roman pour adolescents Lettre à Line d’Amélie Billon. Ce roman dépeint l’amitié entre adolescentes et l’anorexie dont souffre un nombre important de jeunes filles. Blogue Libre de lire: Lettre à Line

PRIX LITTÉRAIRE
Jean Birnbaum s’entretient avec Agnès Desharte, récipiendaire du troisième prix littéraire Le Monde pour son roman Ce coeur changeant, paru le 20 août aux Éditions de l’Olivier.
Le roman d’Agnès Desharte est par ailleurs en lice pour le Renaudot et le JDD/France Inter.

PARUTIONS
La revue Jeu consacre son numéro de l’automne 2015 aux « Nouveaux territoires féministes ». On peut lire sur le site de la revue le texte de présentation signé par Émilie Boivin.

Sur le site de la revue électronique Nonfiction.fr, est disponible depuis le 8 septembre un dossier complet consacré à la question du genre intitulé « État du genre ».

DOCUMENTAIRES
Dans son documentaire Femmes sourdes, dites-moi, la photographe et vidéaste Marie-Andrée Boivin a pour objectif de redonner une voix aux femmes sourdes afin de leur accorder leur juste place au sein de la société. Madame Boivin a reçu deux prix pour son documentaire, soit celui du Meilleur documentaire au Festival Cinedeaf de Rome ainsi qu’une Mention honorable au Toronto International Deaf Films and Arts Festival.
Entretien avec Marie-Andrée Boivin réalisé par La Presse:  Marie-Andrée Boivin: donner la parole aux femmes sourdes
Dates et horaires des projections à venir: Femmes sourdes | Facebook

Le film Le commerce du sexe d’Ève Lamont, sorti en 2014, part en tournée au Québec et en Ontario cet automne. Après L’Imposture (2010), documentaire dans lequel elle donne une voix prostituées, Ève Lamont choisit cette fois d’ouvrir le dialogue avec tous les acteurs du commerce du sexe. En mai dernier, Jean-Baptiste Hervé du journal Voir, s’est entretenu avec la cinéaste:
Pour une liste compète des dates et des heures de projection, veuillez consulter le lien suivant: Le commerce du sexe
Pour visionner la bande-annonce du documentaire: Bande-annonce – site de l’ONF
Pour suivre l’actualité: https://twitter.com/Film_EveLamont et https://www.facebook.com/LeCommerceDuS.x.DocumentaireEveLamont

ENTRETIENS
Dans le cadre de la parution de son essai sur la philosophe Hannah Arendt, Barbara Cassin s’entretient avec Eric Aeschiman. À lire dans les pages du Nouvel Observateur.

Catherine Perrin s’entretient avec Anaïs Barbeau-Lavalette où l’auteure discute avec beaucoup de douceur et d’émotion de son dernier roman, La femme qui fuit, qui relate l’histoire de sa grand-mère, poète et anatomiste qui a fréquenté les Riopel et autres artistes du Refus global. En 1952, cette grand-mère quitte famille et enfants et refuse tout contact avec ces derniers. Ce n’est qu’à sa mort que ses enfants et petits-enfants auront accès à cette tranche de vie mystérieuse en vidant les tiroirs de son appartement.
À écouter en audio fil sur le site de Radio Canada: La femme qui fuit: Anaïs Barbeau Laviolette cherche sa grand-mère

Le magazine Télérama sort des archives une entrevue radio donnée par Gisèle Halimi en 1973. La féministe française est connue notamment pour son rôle dans le procès de Bobigny de 1972, qui a contribué à l’adoption de la Loi Veil sur l’interruption de grossesse volontaire.

INTERSECTIONNALITÉ
Le magazine français Slate, et Les Inrocks à sa suite, se penchent sur le racisme dans l’industrie de la pornographie. Tous deux font référence à l’étude publiée par Mireille Miller-Young, une spécialiste des études féministes à l’université de Californie.

L’article, en anglais, de Mireille Miller-Young est également disponible dans la version en ligne du New York Time.

(PÉRI)NATALITÉ
Article de Stéphanie St-Amant intitulé « Naît-on encore? Réflexions sur la production médicale de l’accouchement », paru dans dans la revue Recherches familiales (vol. 1, no 12, 2015) qui porte sur la pérennité des pratiques reliées à la programmation et au déclenchement artificiel de l’accouchement malgré les risques élevés et les coûts associés à de telles pratiques médicales.

OÙ SONT LES FEMMES
Maryse Hamelin du blogue La semaine rose constate, chiffres à l’appui, la sous-représentation des femmes à l’émission 125 Marie-Anne animée par Christiane Charrette.

À l’occasion du lancement du plus récent numéro de la revue Jeu consacré aux «Nouveaux territoires féministes », mentionné dans la rubrique parution, le journaliste du Devoir Alexandre Cadieux s’attache à la place qu’accorderont les plus grands théâtres québécois aux voix des femmes durant la saison 2015-2016. Le calcul auquel il se livre l’amène au désolant constat d’une quasi absence, et même d’une absence totale en ce qui à trait aux textes dramaturgiques signées par des auteures.

Dans une lettre ouverte publiée dans Le Nouvel Obs, Marie Allibert, du groupe Osez le féminisme, interpelle la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, quant à la sous-représentation des femmes dans la toponymie de Paris. Seulement 2,6% des rues de la capitale française portent le nom de femmes illustres. Allibert commente également l’action du groupe Osez le féminisme, qui a rebaptisé de noms de femmes toutes les voies publiques de l’Île de la Cité dans la nuit du 25 au 26 août 2015. Osez le féminisme demande à la mairesse d’atteindre la parité pour 2019.
Pour en savoir plus sur l’action de féminisation des toponymes parisiens par Osez le féminisme: http://www.lejdd.fr/JDD-Paris/Des-noms-de-femme-pour-toutes-les-rues-de-l-Ile-de-la-Cite-748179.

Afin de lutter contre la sous-représentation des femmes sur la scène culturelle française et de visibiliser leur travail, l’association HF Île de France, qui fait la promotion de l’égalité homme-femme dans les arts et la culture (une sorte de FCAL français) lance les premières journées Matrimoine. Celles-ci auront lieu les 19 et 20 septembre, en parallèle des journées du Patrimoine. L’initiative vise à mettre en valeur le patrimoine féminin construit par des femmes artistes et créatrices. Dans un entretien avec Alice Dubois du média The Dissent, Aline César, présidente de l’association, ne se contente pas de dresser un portrait de la place des femmes et de constater une progression quasi nulle au courant des dernières années, elle lance également quelques pistes de solution.

Pour celles et ceux intéressés par la question de la représentation féminine dans les arts, le Geena Davis Institute on Gender in Media, fondé en 2004 aux États-Unis, s’engage à dénoncer la discrimination sexuelle et genrée dans les médias et l’industrie du divertissement télévisuel et cinématographique afin de déconstruire les stéréotypes et promouvoir l’égalité des genres (site en anglais seulement). http://seejane.org/

ENJEUX ÉCONOMIQUES
Le 9 septembre, l’IRIS (Institut de recherche et d’informations socio-économiques) a mis en ligne un Observatoire des conséquences des mesures d’austérité au Québec. De l’éducation aux services de santé ou à l’aide à l’emploi, les compressions économiques touchent également:

  • le Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDÉACF)
  • 16 organismes d’aide à l’emploi des femmes
  • les cliniques d’avortement
  • le concours « Chapeau les filles! »
  • le Conseil du statut de la femme
  • la campagne de publicité pour l’égalité des genres
  • la campagne de publicité pour la lutte contre l’homophobie 
  • le programme « À égalité pour décider »

Il suffit de cliquer sur la pastille « Égalité femme/homme, Sensibilisation contre le sexisme et l’homophobie » pour obtenir de plus amples détails dans chacune des catégories.

Vous avez des commentaires ou des suggestions? N’hésitez pas à contacter notre équipe à l’adresse suivante : liens@cwila.com

– Adeline Caute, Julie Côté, Evelyne Ledoux-Beaugrand et Eftihia Mihelakis

 

Spread the word:
This entry was posted in Blog, En français. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *